dimanche 20 décembre 2009

DE UYUNI A LA PAZ

POTOSI, à 4000mètres d’altitude, est une ville de 150.000 habitants, accrochée aux contreforts du CERRI RICO ( Mont Riche) abritant l’argent qui a fait sa fortune pendant quatre siècles au prix des vies de milliers d’ Indiens réduits en esclavage. Sur la piste qui y mène depuis UYUNI, des dizaines de bus vous déboulent dessus à des allures incontrôlées, en travers à la sortie des défilés rocheux …ça fait un peu peur.






Aujourd’hui, la splendeur de POTOSI est un peu décatie mais elle reste une belle petite ville très pentue et extrêmement polluée par les échappements mal réglés des bus (encore eux !) et des voitures bloqués dans des embouteillages permanents.










Le CERRO RICO est une petite montagne écorchée vive (elle est d’ailleurs rouge sang) et violée dans ses entrailles par des réseaux de galeries innombrables qui aurait du la faire écrouler depuis longtemps. Nous avons pénétré nous aussi dans ses boyaux : un grand moment totalement angoissant et Germinalien ! Les mineurs se sont regroupés en coopératives et exploitent les derniers filons dans des conditions exécrables : Pour pouvoir tenir 15 heures sans manger et pour se donner du courage, tous chiquent des feuilles de Coca qui, il faut le dire aussi, les rendent quelque peu « allumés » ce qui est indispensable lorsque l’on passe 40 ans de sa vie sous terre! L’alcool à 96° fait aussi partie de la vie du mineur ainsi que la pioche, la dynamite et le wagonnet déglingué. Les émanations d’arsenic, les poussières minérales, la nuit totale et le grondement des chariots poussés par les hommes composent une ambiance pour le moins déstabilisante. Certains moments à quatre pattes et la plupart du temps courbés en deux, c’est avec un immense soulagement (dixit Isabelle) et une grande satisfaction que nous apercevons au bout de deux heures passées dans les entrailles de la terre, la lumière salvatrice du jour. Notre connaissance livresque s’est muée en conscience physique de ce que peut être la vie d’un mineur, bien que nous n’ayons ni poussé les wagons ni manié la pioche !










Nous visiterons aussi l’hôtel des monnaies où étaient frappées les pièces d’argent pour la couronne espagnol. Magnifique bâtiment où des énormes engrenages de bois mus par des mules servaient à façonner les pièces.



Pour la première fois depuis que nous sommes en Bolivie nous roulons sur du goudron, et ce n’est pas désagréable du tout ! Au bord de la route, à tous les virages, des chiens errant attendent que les camionneurs leur lancent à manger, une coutume qui porte bonheur.

SUCRE, 2700 mètres nous semble être au bord de la mer ; on y retrouve palmiers, perroquets et insectes en tous genres. La ville est vraiment très jolie et complètement espagnole, toute blanche aux bâtiments ouvragés, on se balade agréablement dans des rues bien propres et sur des trottoirs lisses, on entre dans ses ravissants patios et on se pose à l’ombre sur les bancs de la plaza 25 de Mayo, la plus jolie que nous ayons vu depuis le début du voyage. Ici la population est en majorité blanche, c’est la ville chique et intello de Bolivie et nous y trouverons notre meilleur resto… c’est aussi la première fois que nous voyons les indiennes faire la manche avec leurs bébés.














Après une bonne nuit d’hôtel mercredi, et une virée dépaysante au marché le matin suivie d’un délicieux déjeuner, Cap au Nord, pour rejoindre COCHABAMBA . Petit bivouac à bestioles, chaud et sympa, mais camions nocturnes un peu trop nombreux.


Jeudi 17 : magnifique piste pavée cheminant sur les crêtes et parmi les collines verdoyantes et les champs de pommes de terre en fleurs. Nous finissons la journée par la visite d’un site Inca : INCALLAJTA, perdu sur un éperon rocheux au dessus d’une petite vallée riante. Nous bivouaquons à son pied au bord du torrent. Nuit calme et petite visite sympa au matin d’une Mamie chola filant sa quenouille.











Encore 140 km pour COCHABAMBA. Les quelques vingt premiers de la piste pavée sont charmants et bucoliques, on y rencontre des moutons et des chèvres accompagnés de leur bergère, toutes en joli costume, des vaches, des cochons énormes, des mules, des bœuf attelés sous leur joug, des juments et leurs adorables poulains encore chancelants, ainsi que tous les rejetons des susnommés : agneaux, cabris, veaux et minuscules cochonnets. Dans les champs de «papas » tout le monde s’active la plupart du temps à la bêche, mais aussi à la charrue à bœufs. Quelques signes de la main saluent notre passage insolite, mais aussi pas mal d’indifférence.



Arrivée à COCHABAMBA agitée, c’est le plus grand marché de Bolivie que nous longeons pour pénétrer dans la ville et l’embouteillage est gratiné ! Nous n’y resterons que quelques heures, le temps d’une bouffe et d’une visite au couvent Sainte Thérèse des Carmélites… édifiant ! Toutes les deuxièmes filles de chaque famille noble de la ville étaient cloitrées d’office (avec leur servante) ce qui aurait donc été le cas pour nous trois, Dany, Danielle et Isabelle…la mère sup n’aurait pas tenu le coup ! Beaucoup plus sérieux et grave les enfants pauvres de Cochabamba passent dans les allées du marché consacrés aux restaus avec de petits bidons dans les quels on vide le reste des assiettes, et qu’ils dévorent en famille par terre à la sortie.






L’équipe se sépare dans l’après- midi, les LAMAR prennent la route pour LA PAZ (380 km) et les VABO la piste par la montagne. Dés le départ, celle-ci monte en lacets jusqu’à 4600 puis redescend à 2500 pour remonter à flanc de montagne, étroite et vertigineuse. Notre G.P.S.(succinct car la carte Bolivie n’existe pas) nous donne 30 km à vol d’oiseau pour le prochain bled, nous l’atteindrons qu’au bout de 60.. .nous comprenons rapidement que nous ne serons pas à La Paz avant 3 jours. C’est magnifique, nous naviguons au dessus des pentes cultivées en petits champs de patates quasi verticaux et les lamas réapparaissent lorsque l’altitude s’élève. Nous nous arrêtons après la tombé de la nuit. La tente des Bonvin ne s’ouvre que d’un côté et ils dormirons dans un portefeuille ( ne vous inquiétez pas l’affaire est débloquée à l’heure qu’il est).A INDEPENDENCIA, petite bourgade enclavée dans les montagnes, nous visitons le centre de santé propre et bien équipé mais curieusement très peu fréquenté par les paysans qui préfèrent se soigner traditionnellement . Le centre est quand même passé d’un accouchement par an à dix et les campagnes de vaccination progressent. Dans ce village perdu, nous rencontrons une française installée comme paysanne avec son compagnon et qui vend… des « Bugnes » !
















Partout dans ces campagnes reculées de la cordillière et de l'altiplano le soutien au Président Evo Morales recemment réelu parait trés fort.


Nous rejoignons le goudron pour écourter notre balade, ce qui prendra quand même 4 heures de paysages somptueux.



L’arrivée à LA PAZ de nuit sous la pluie n’est pas une mince affaire. A la fin d’une longue route droite sur l’Altiplano nous débouchons au bord d’un profond amphithéâtre illuminé et scintillant, dans le quel nous descendons par un « autopista » en une vaste volte pour déboucher au fond de l’arène dans une espèce d’inextricable marché (samedi 20h30 veille de Noël) ou la circulation bétonnée s’écoule quand même au compte goute et à coup de klaxon, hallucinant !

Les LAMAR nous attendent à l’hôtel convenu et l’équipe se reforme à la « comida » du coin.

mardi 15 décembre 2009

BOLIVIE-SUD LIPEZ

Photos promises du Salar Grande Argentin.










BOLIVIE


La QUIACA, ville frontière avec la Bolivie, en plein désert Altiplano au milieu de nulle part ; Nous nous présentons à la frontière ce dimanche 6 décembre vers 13 heures, mais aujourd’hui on ne passe pas, ce sont les élections présidentielles et la Bolivie est fermée, aucun train, aucun bus ni taxi, plus rien ne bouge jusqu’à demain !

On en profite pour envoyer le dernier blog(6) en squattant le « 5 étoiles » de la ville et partons bivouaquer dans la pampa en attendant demain.

Nous passons effectivement en Bolivie dans la matinée de lundi. Il s’agit de notre première frontière avec nos véhicules depuis Buenos Aires et nous n’avons pas de mauvaise surprise, tout est en règle. Nous déjeunons à VILLAZON pour 2 euros chacun…





Ici , les Indiennes Aymara (les Cholas) portent, perché sur leur tête, une espèce de petit chapeau melon « haut de forme » qui tient en équilibre malgré un vent permanent. Leur jupes, posées sur plusieurs couches de jupons, leur dessinent des hanches larges et elles portent sur leur dos un sac de tissage rayé et coloré dans lequel elles transportent de tout et souvent un bébé. C’est ce qui frappe le plus en arrivant dans ce pays ; ces femmes en costume traditionnel.



Très mauvaise piste pour atteindre TUPIZA à 95 kms, où nous nous renseignons sur les itinéraires possibles pour explorer cette région du Sud Lipez. On fait le plein des voitures et des réservoirs supplémentaires (il nous faut une autonomie de 1000 kms), courses au marché où l’on vend des fœtus de lama, il paraît que ça porte bonheur si on les intègre dans les fondations des maisons…Petite auberge tout à fait confortable où l’on dormira pour 4 euros par personne (40 Bolivars).





Mardi matin, nous prenons donc la piste cap à l’ouest qui devrait nous mener jusqu’à l’extrême sud ouest de la Bolivie, à LAGUNA VERDE, pour tout un périple d’au moins 800 Km et une remontée le long de la frontière Chilienne jusqu’au Salar d’UYUNI. Nous comptons 4 à 5 jours de pistes hors du monde et à l’aide de cartes succinctes. Très beaux défilés rocheux dés le départ, reliefs tabulaires aux flancs déchiquetés en cheminées de fée, festival de couleurs ocres rouges vertes…







On monte à 4800 mètres d’altitude, redescendons à 4000, remontons et redescendons encore sur des pentes escarpées où les voitures s’essoufflent (nous aussi dés que nous nous mettons à faire le moindre effort). De massifs volcaniques en plateaux, nous franchissons des montagnes. Dans les vastes vallées paissent des lamas aux oreilles décorées de petits bouts de laine chatoyants et des vigognes sauvages, plus fines et plus gracieuses. Quelques viscaches se précipitent sous les rochers à notre approche. Des autruches suivies de leurs oisillons s’échappent sur leurs grosses jambes musclées, dandinant leur tutu de plumes. Grosse journée, très belle, sur une piste difficile et bivouac magnifique mais très venté. Quelques maux de montagne pour Isa et champagne pour les autres, tout de même, à ces altitudes, ça se fête !








Un peu de glace ce matin du 9 décembre. Il nous faudra encore 5 heures de tape-cul pour rejoindre l’entrée de la réserve où se trouve Laguna Verde. Piste exécrable, inversement proportionnelle à la beauté des paysages…c’est grand, vaste, immense ! Les volcans pointent autour de 6000 mètres un peu partout, quelques salars apparaissent au fond des dépressions, les paysages sont très variés et aucune monotonie ne nous lasse… Par contre on préfèrerait des pistes plus lisses, surtout pour les suspensions du Miitsu rebaptisé « Frigécrème »par des esprits chagrins venus d’ailleurs ! La fin de journée est magnifique le long de deux lacs blancs où pêchent les flamands roses (noirs et rose fushias). Nous trouvons enfin un peu de sable confortable pour nos roues et l’arrivée sur les « sources chaudes » à la fin du jour est somptueuse ! Nous trouvons un refuge pour cuisiner à l’abri du vent violent, puis nous nous couchons à côté de la petite piscine d’eau chaude(35°) en rêvant à notre bain matinal.






10 décembre 5 heures 50, premier 4x4 de touristes…il en débarquera 18 en une demie- heure ! Manifestement nous avons rejoint le circuit des « tours operators ». Les Vassault partent en solo prendre leur petit déjeuner à LAGUNA VERDE, les autres restent malgré tout pour leur bain chaud.



Lagune Verde est un lac vert, comme son nom l’indique, frangé de blanc,( mais il va passer au cours de la matinée par toutes les nuances et nous le quitterons vert turquoise comme à Tahiti, les Vahinés en moins), situé au pied du volcan LICANCABUR (5916m) à la frontière du Chili. Nous nous retrouvons aux sources d’eau chaude « aguas callientes » en fin de matinée pour un bain divin entre nous.





Reprise de la piste tous ensemble vers LAGUNA COLORADA. Nous n’avons jamais rien vu d’aussi extraordinaire et, sans doute d’aussi beau ! Un lac rouge, mais aussi selon les courants, vert et bleu, entouré de blanc brillant où des milliers de flamands pêchent tranquillement, la tête sous l’eau, la filtrant pour en récupérer le plancton. C’est ici que nous décidons de rentrer directement à UYUNI, car le Mitsu montre de dangereux signes de faiblesse. Seulement, à vol d’oiseau, nous en sommes encore à 214 km !









Nous nous attendions à une piste internationale, mais nous attaquons une fois encore un itinéraire plus que chaotique, il fait rapidement nuit et nous posons nos véhicules en bordure du chemin, inquiets : cette piste est-elle la bonne ? Froid de gueux, -6° dans les tentes qu’allons nous faire encore dans cette galère !!









Un camion passera pendant la nuit, puis deux toy…nous sommes sauvés !

Au fil des kilomètres, la piste s’arrange et nous rallierons UYUNI en fin d’après midi sans encombre.

Samedi 12 décembre. Matinée mécanique pour Frigé, après-midi Salar tassés dans les deux Toys. Une mer de sel où flottent à l’horizon des îles en suspension, nous naviguons, solitaires au milieu de cette immensité, en toute liberté, véritable cabotage de criques en îles hérissées de cactus géants ; Surréaliste !!!









Uyuni , c’est aussi une ligne de chemin de fer au milieu de nulle part et son célèbre cimetière de trains.





Et puis, ces merveilleux nuages inondés de soleil , posés sur le sel rosissant de cette fin de journée…amis de la poésie, bonsoir.