Aujourd’hui, la splendeur de POTOSI est un peu décatie mais elle reste une belle petite ville très pentue et extrêmement polluée par les échappements mal réglés des bus (encore eux !) et des voitures bloqués dans des embouteillages permanents.
Le CERRO RICO est une petite montagne écorchée vive (elle est d’ailleurs rouge sang) et violée dans ses entrailles par des réseaux de galeries innombrables qui aurait du la faire écrouler depuis longtemps. Nous avons pénétré nous aussi dans ses boyaux : un grand moment totalement angoissant et Germinalien ! Les mineurs se sont regroupés en coopératives et exploitent les derniers filons dans des conditions exécrables : Pour pouvoir tenir 15 heures sans manger et pour se donner du courage, tous chiquent des feuilles de Coca qui, il faut le dire aussi, les rendent quelque peu « allumés » ce qui est indispensable lorsque l’on passe 40 ans de sa vie sous terre! L’alcool à 96° fait aussi partie de la vie du mineur ainsi que la pioche, la dynamite et le wagonnet déglingué. Les émanations d’arsenic, les poussières minérales, la nuit totale et le grondement des chariots poussés par les hommes composent une ambiance pour le moins déstabilisante. Certains moments à quatre pattes et la plupart du temps courbés en deux, c’est avec un immense soulagement (dixit Isabelle) et une grande satisfaction que nous apercevons au bout de deux heures passées dans les entrailles de la terre, la lumière salvatrice du jour. Notre connaissance livresque s’est muée en conscience physique de ce que peut être la vie d’un mineur, bien que nous n’ayons ni poussé les wagons ni manié la pioche !
Nous visiterons aussi l’hôtel des monnaies où étaient frappées les pièces d’argent pour la couronne espagnol. Magnifique bâtiment où des énormes engrenages de bois mus par des mules servaient à façonner les pièces.
Pour la première fois depuis que nous sommes en Bolivie nous roulons sur du goudron, et ce n’est pas désagréable du tout ! Au bord de la route, à tous les virages, des chiens errant attendent que les camionneurs leur lancent à manger, une coutume qui porte bonheur.
SUCRE, 2700 mètres nous semble être au bord de la mer ; on y retrouve palmiers, perroquets et insectes en tous genres. La ville est vraiment très jolie et complètement espagnole, toute blanche aux bâtiments ouvragés, on se balade agréablement dans des rues bien propres et sur des trottoirs lisses, on entre dans ses ravissants patios et on se pose à l’ombre sur les bancs de la plaza 25 de Mayo, la plus jolie que nous ayons vu depuis le début du voyage. Ici la population est en majorité blanche, c’est la ville chique et intello de Bolivie et nous y trouverons notre meilleur resto… c’est aussi la première fois que nous voyons les indiennes faire la manche avec leurs bébés.
Après une bonne nuit d’hôtel mercredi, et une virée dépaysante au marché le matin suivie d’un délicieux déjeuner, Cap au Nord, pour rejoindre COCHABAMBA . Petit bivouac à bestioles, chaud et sympa, mais camions nocturnes un peu trop nombreux.
Jeudi 17 : magnifique piste pavée cheminant sur les crêtes et parmi les collines verdoyantes et les champs de pommes de terre en fleurs. Nous finissons la journée par la visite d’un site Inca : INCALLAJTA, perdu sur un éperon rocheux au dessus d’une petite vallée riante. Nous bivouaquons à son pied au bord du torrent. Nuit calme et petite visite sympa au matin d’une Mamie chola filant sa quenouille.
Encore 140 km pour COCHABAMBA. Les quelques vingt premiers de la piste pavée sont charmants et bucoliques, on y rencontre des moutons et des chèvres accompagnés de leur bergère, toutes en joli costume, des vaches, des cochons énormes, des mules, des bœuf attelés sous leur joug, des juments et leurs adorables poulains encore chancelants, ainsi que tous les rejetons des susnommés : agneaux, cabris, veaux et minuscules cochonnets. Dans les champs de «papas » tout le monde s’active la plupart du temps à la bêche, mais aussi à la charrue à bœufs. Quelques signes de la main saluent notre passage insolite, mais aussi pas mal d’indifférence.
Arrivée à COCHABAMBA agitée, c’est le plus grand marché de Bolivie que nous longeons pour pénétrer dans la ville et l’embouteillage est gratiné ! Nous n’y resterons que quelques heures, le temps d’une bouffe et d’une visite au couvent Sainte Thérèse des Carmélites… édifiant ! Toutes les deuxièmes filles de chaque famille noble de la ville étaient cloitrées d’office (avec leur servante) ce qui aurait donc été le cas pour nous trois, Dany, Danielle et Isabelle…la mère sup n’aurait pas tenu le coup ! Beaucoup plus sérieux et grave les enfants pauvres de Cochabamba passent dans les allées du marché consacrés aux restaus avec de petits bidons dans les quels on vide le reste des assiettes, et qu’ils dévorent en famille par terre à la sortie.
L’équipe se sépare dans l’après- midi, les LAMAR prennent la route pour LA PAZ (380 km) et les VABO la piste par la montagne. Dés le départ, celle-ci monte en lacets jusqu’à 4600 puis redescend à 2500 pour remonter à flanc de montagne, étroite et vertigineuse. Notre G.P.S.(succinct car la carte Bolivie n’existe pas) nous donne 30 km à vol d’oiseau pour le prochain bled, nous l’atteindrons qu’au bout de 60.. .nous comprenons rapidement que nous ne serons pas à La Paz avant 3 jours. C’est magnifique, nous naviguons au dessus des pentes cultivées en petits champs de patates quasi verticaux et les lamas réapparaissent lorsque l’altitude s’élève. Nous nous arrêtons après la tombé de la nuit. La tente des Bonvin ne s’ouvre que d’un côté et ils dormirons dans un portefeuille ( ne vous inquiétez pas l’affaire est débloquée à l’heure qu’il est).A INDEPENDENCIA, petite bourgade enclavée dans les montagnes, nous visitons le centre de santé propre et bien équipé mais curieusement très peu fréquenté par les paysans qui préfèrent se soigner traditionnellement . Le centre est quand même passé d’un accouchement par an à dix et les campagnes de vaccination progressent. Dans ce village perdu, nous rencontrons une française installée comme paysanne avec son compagnon et qui vend… des « Bugnes » !
L’arrivée à LA PAZ de nuit sous la pluie n’est pas une mince affaire. A la fin d’une longue route droite sur l’Altiplano nous débouchons au bord d’un profond amphithéâtre illuminé et scintillant, dans le quel nous descendons par un « autopista » en une vaste volte pour déboucher au fond de l’arène dans une espèce d’inextricable marché (samedi 20h30 veille de Noël) ou la circulation bétonnée s’écoule quand même au compte goute et à coup de klaxon, hallucinant !
Les LAMAR nous attendent à l’hôtel convenu et l’équipe se reforme à la « comida » du coin.
